BOOKING & MANAGEMENT ARTISTES CONSEILS ORGANISATION EN EVÉNEMENTS

Natasha St-Pier aux lauréats du Prix espérance : « Merci de vous consacrer aux autres ! »

Interview à retrouver ici: https://www.lavie.fr/ma-vie/prix-esperance/natasha-st-pier-aux-laureats-du-prix-esperance-merci-de-vous-consacrer-aux-autres-68465.php?fbclid=IwAR1U931sMS-NKbrP_MAjneP6gF4SB0pLfZnPofl2COOk7vW-Rhozo5M0_ps

Lancé cette année par La Vie avec le soutien du Jour du Seigneur, de RCF et des Amis de La Vie, le prix Espérance est un concours d'initiatives solildaires et chrétiennes qui vise à récompenser quatre associations oeuvrant pour une société plus juste et fraternelle. La cérémonie de remise des prix, annulée, devait se tenir ce 12 novembre. La chanteuse Natasha St-Pier, marraine de l'édition 2020, salue ici le travail mené par toutes ces associations engagées.

Interview Véronique Durand

Publié le 12/11/2020 à 10h18 I Mis à jour le 12/11/2020 à 12h55

   

Natasha St-Pier

• FLORENCE BROCHOIRE/SIGNATURES POUR LA VIE

La date du 12 novembre était fixée dans son agenda depuis plusieurs mois. Et Natasha St-Pier espérait être à nos côtés pour remettre aux quatre associations lauréates leur prix. Dans l'impossibilité d'organiser cette soirée en raison du nouveau confinement, nous avons souhaité célébrer malgré tout et avec vous, chers lecteurs, l'engagement de ces hommes et femmes au service d'un monde fraternel et solidaire (70 initiatives étaient éligibles pour cette première édition). Merci à nos partenaires de nous avoir accompagnés dans cette aventure. Leur implication contribue à faire connaître plus largement toutes ces initiatives qui sont autant de raisons d'espérer en notre monde en ces temps troublés. Leurs actions disent notre capacité à nous mobiliser tant pour aider notre prochain et donner aux plus petits leur place et dignité que pour prendre soin de notre planète. Ces engagements nécessitent un effort, comme nous le dit Natasha St-Pier, mais c'est notamment en se saisissant de ces défis que se révèle la grandeur d'une société.

Qu'est-ce qui vous touche dans ce Prix ?

Dans les moments que nous vivons, où nous sommes anxieux de ce qui va venir et où nous pouvons craindre pour notre santé économique mais aussi pour notre santé physique, les gens se retournent vers eux-mêmes et ont moins tendance à aller vers les autres et à les aider. On dit d'ailleurs « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Aussi c'est bon de voir, à travers les quatre lauréates de ce Prix, que des personnes trouvent l'espérance dans le fait d'aider les autres, même quand les temps sont difficiles pour elles. Ces associations, derrière lesquelles il y a des hommes et des femmes engagés en faveur des autres, gardent foi en l'avenir, en l'humain. C'est magnifique.

Qu'auriez-vous aimé dire aux lauréates au moment de leur remettre leur prix ?

Je les aurais invitées à poursuivre leurs actions ! Je les aurais félicitées et surtout leur aurais dit merci de faire partie de ceux qui choisissent non pas de se concentrer sur leurs problèmes mais plutôt de se consacrer aux autres. Je suis toujours touchée par ceux qui préfèrent mettre en avant les autres. Car aider ne signifie pas que nous n'avons pas nos propres faiblesses ou des besoins qui ne sont pas remplis.

Vous gardez le moral en ces temps compliqués pour tous… Cultiver l'espérance, c'est votre manière de voir la vie ?

En ce moment, c'est ce que nous pouvons faire de plus fort. Par nos attitudes, nos façons de réagir à tout ce qui se passe d'angoissant, par nos propos, nous contribuons à notre propre angoisse et à celle des autres. Au contraire, nos messages sur les réseaux sociaux qui disent notre foi en des jours meilleurs, ou à travers notre foi en Dieu et notre foi en l'humain, contribuent à cultiver l'espérance. Nous n'avons aucune certitude que ça ira mieux demain, aucune certitude que l'humain est foncièrement bon, aucune certitude et preuve scientifique de l'existence d'un dieu, mais l'espérance, comme la foi et le courage nous invitent à croire en tout cela. C'est notre moteur, et ce qui nous amène à avancer dans la vie de manière positive. C'est la différence entre l'humain et l'animal. Dans la situation de pandémie que nous traversons, nous avons à faire confiance sans certitude, car on n'a pas les connaissances médicales, scientifiques, politiques, économiques pour lutter contre elle. La confiance du coeur est indispensable.

Avez-vous dû un jour expérimenter plus particulièrement cette « confiance du coeur » ?

Oui, le jour où j'ai dû confier mon fils de 3 mois (atteint d'une malformation cardiaque, NDLR) à un chirurgien, certes très réputé, mais qui reste un être humain. Et l'erreur est humaine. Je ne pouvais pas lui demander d'être surhumain. Je ne pouvais intervenir personnellement, mais avoir foi en lui, en la vie, en Dieu, et croire que la vie sera plus forte que la maladie. J'ai prié pour que les choses se passent bien, pour le chirurgien, mon fils et moi. Avoir la foi, c'est croire que les choses iront bien sans avoir aucune garantie. Car croire quand on a des garanties, c'est facile.

Je suis toujours touchée par ceux qui préfèrent mettre en avant les autres.

Quelle est votre espérance pour l'avenir de notre société ?

Actuellement, on ne sait pas si on retrouvera une vie comme avant. Chaque époque a connu des tournants profonds, parce que le monde est ainsi fait. Et nous sommes sollicités perpétuellement pour nous adapter. Nous devrons affronter de nombreuses transformations, comme le réchauffement climatique. Est-on capable d'y faire face, de nous adapter et d'être heureux à travers tout cela ? Je pense que oui, mais c'est là que nous avons à décider soit de subir et d'être malheureux, soit de nous adapter et de choisir consciemment de faire un effort pour regarder le côté positif et être heureux. Ce choix appartient à chacun.

La colère et l'inquiétude montent dans le monde de la culture…

J'entends plusieurs discours chez les artistes. Il y a ceux qui choisissent de vivre guidés par la peur ; ils sont inquiets et vont attendre que les propositions viennent à eux. Et il y a ceux qui malgré la peur choisissent de monter de nouveaux projets, cherchent des solutions et ont des idées. J'ai envie de faire partie du deuxième groupe, de ceux qui ont envie d'essayer de travailler différemment. Le monde de la culture est gravement éprouvé, mais depuis que le monde est monde, la culture a toujours existé. Et n'oublions pas que les artistes n'ont pas toujours vécu de leur art. Je n'ai aucun doute sur le fait que l'art continuera à vivre et j'espère que les artistes continueront à vivre de leur art. Peut-être certains devront avoir un métier à côté pour pouvoir vivre leur passion. Je m'inquiète pour tous ceux qui ont un travail dépendant des artistes et qui ne peuvent pas travailler sans eux : les techniciens du spectacle, les ingénieurs du son, les maquilleurs plateau… c'est-à-dire tous ces gens qui n'ont pas de tribune pour se faire entendre. J'ai envie de protéger ceux qui sont autour de moi et avec qui je travaille, de protéger leur santé mentale et économique. Nous devons parler d'eux. Ils sont dépendants des décisions que prendra l'État.

Votre tournée de promotion de votre album Croire, sorti en août, comme la tournée de l'avent dans les églises avec les Petits Chanteurs à la croix de bois sont annulées. Comment vous adaptez-vous en attendant des jours meilleurs ?

La décision que je veux prendre – et j'incite mes collègues à la prendre – est de proposer malgré tout des choses via les réseaux sociaux pour que la culture continue d'exister. Je n'amènerai pas de joie de vivre aux gens qui viendront voir un spectacle de Noël, mais pour moi la période des fêtes est quelque chose d'important ; je souhaite donc trouver une manière d'amener de la bonne humeur aux gens. Je sais qu'offrir des cadeaux sera difficile cette année pour certaines personnes. J'ai envie de faire des concours sur les réseaux sociaux pour faire gagner des albums. Ça ne nous rapportera rien, mais cela continuera à faire exister ma musique et à créer de la joie auprès de ceux qui l'aiment. Et quand la situation se débloquera, que je pourrai retourner sur scène, les gens pourront venir voir un spectacle. C'est un travail de fond à mener pour que la vie continue d'exister malgré une distribution différente.

Croire, votre dernier album, a un titre prophétique !

Prophétique, je ne sais pas, mais cet album est important pour moi, car il dit ce qui est dans ma vie. Si j'ai choisi de le sortir en août, alors que le milieu culturel était dans une situation économique délicate, c'est parce que j'étais convaincue que nous avons besoin aujourd'hui du message qu'il délivre ; ce ne sera pas utile demain quand nous aurons trouvé les solutions !

Qu'aimeriez partager avec nos lecteurs pour vivre cette période difficile ?

Quand il y a un sujet qui m'angoisse, je pratique la méditation autour de la gratitude. Je dois trouver alors trois choses pour lesquelles j'éprouve de la gratitude. Finalement, je me retrouve souvent avec plus de choses qui me font plaisir que de choses qui m'inquiètent ; ça me permet de contrebalancer ces moments de stress.